Une congrégation vouée à l’instruction chrétienne

Du 18e siècle à 1959, date du « contrat », de nombreux enfants du Grand Ouest ont usé blouses et culottes courtes sur les bancs d’une école privée, souvent gérée par la Congrégation de Saint-Gildas-des-Bois. 

 

Communauté de Saint-Gildas-des-Bois (carte postale ancienne, source camillehenri sur Geneanet)

Zoom sur les sœurs de Saint-Gildas

Au début du XIXᵉ siècle, dans un contexte de reconstruction religieuse après la Révolution, le prêtre Gabriel Deshayes et Michelle Guillaume fondent à Beignon la congrégation des Sœurs de l’Instruction chrétienne. Leur mission est d’éduquer les enfants et de soigner les malades en milieu rural. Installées à Saint-Gildas-des-Bois en 1828, les sœurs étendent rapidement leur action à l’ouest de la France, créant écoles et hôpitaux. Malgré les lois laïques et les persécutions du début du XXᵉ siècle, elles poursuivent leur œuvre, y compris à l’étranger. Aujourd’hui, la congrégation continue sa mission d’enseignement et de solidarité en Europe et en Afrique.

Parmi ces établissements, l’école pour jeunes filles de Treillières ouvrit ses portes assez tardivement en comparaison des communes voisines. Il avait fallu toute la foi de l’évêque de Nantes et l’énergie du nouveau curé de la paroisse pour convaincre les habitants à investir leur temps et leur argent dans la construction d’une école privée.

Mais à l’automne 1925 les locaux étaient prêts et Marie Mineau, en religion Sœur Saint-Cléophas-de-l’Enfant-Jésus put officiellement adresser à Monsieur le Maire la demande d’ouvrir un établissement pour jeunes filles dont elle serait la directrice.

Une vocation de religieuse assez tardive

 Marie Mineau est née à Riaillé en Loire Atlantique le 10 mars 1887 au sein d’une famille de cultivateurs. Son père Pierre Mineau et sa mère Marie Douchet ont alors respectivement 33 et 30 ans. Marie a un grand frère Pierre de deux ans son ainé et deux petites sœurs : Zélie et Louise, viendront agrandir la famille les années suivantes.

Il semble que dans un premier temps Marie n’envisage pas d’entrer dans les ordres, à moins que d’autres obligations l’en empêchent. Elle exerce d’abord le métier de couturière. Ce n’est qu’à 24 ans qu’elle prépare son brevet à Nantes. Le diplôme obtenu, elle enseigne pendant deux ans à Avessac puis entre au noviciat en 1918.

Elle prend l’habit le 15 juillet 1919 puis prononce ses vœux en 1920. Elle part alors enseigner les valeurs chrétiennes là où l’évêché et la maison-mère l’envoient : Saint-Herblain, Saint Joseph du Dresny, puis Treillières dont elle sera la première directrice, assistée de Juliette Bonnin, Sœur Gabrielle de l’Annonciation, pour qui c’était le 1er poste d’institutrice.

Directrice de l’école de Treillières

Les archives de la Congrégation et la 1re page du premier registre de l’école relatent le désarroi des deux religieuses à leur prise de fonction. Car à leur arrivée l’école était bien prête à ouvrir, mais l’habitation des institutrices n’était encore que des tracés sur un plan d’architecte. !

école privée de Treillère, 1925

L’église et l’école pour jeunes filles – illustration du bulletin paroissial de Treillières, 1925 (sources AD 44)

Extrait des archives de la congrégation de Saint-Gildas

On croyait bien tout prêt pour recevoir les maîtresses. Hélas ! Les classes seules étaient bâties et il fallait loger dans un galetas dont le nettoyage devait remonter à quelques années.

[…] Les pauvres sœurs comptaient au moins sur une bonne nuit qui réparerait les fatigues de la journée et ferait oublier, dans les douceurs d’un bon sommeil, les ennuis et les inquiétudes.

Encore hélas ! Des vers innombrables eux aussi, ron­geaient le plancher avec un tel ensemble et un si vorace appétit que les voyageuses ne purent fermer l’œil.

Extrait du registre 1925 de l’école privée de Treillières 

L’école commença le 19 octobre de cette même année. Les institutrices logèrent dans une maison du bourg. Là, elles connurent toutes les privations : incommodité, malpropreté, humidité du local, etc.

Elles endurèrent le tout avec joie, offrant toutes ces souffrances et bien d’autres pour le succès de l’œuvre naissante et par là, le salut des âmes.

Elles ignoraient alors qu’il leur faudrait attendre deux ans pour s’installer dans un logement décent. La maison des institutrices comportait certes deux petites chambres, mais surtout un réfectoire au rez-de-chaussée pour abriter les élèves lors des déjeuners hivernaux et un dortoir à l’étage pour une poignée de fillettes trop jeunes ou habitant trop loin pour réaliser le trajet à pied.

Les deux religieuses enseignèrent à Sainte Thérèse pendant sept ans. Puis Sœur Cléophas poursuivit sa carrière à Guérande pendant la guerre, puis Nantes (Toutes Aides, Sainte Thérèse puis la Procure). De retour à Saint Gildas des Bois, bien après l’âge où les civils partent en retraite, elle conservait une activité à l’atelier de couture puis à l’infirmerie, jusqu’à son décès le 20 février 1972 à la suite d’une longue maladie. Son nécrologe brosse le portrait d’une femme travailleuse et charitable, autant maternelle que formatrice :

«  il y a une chose que personne ne peut démentir : Sœur-Cléophas-de-Jésus était une maitresse femme. Grande et forte, toujours très digne dans son maintien, ses manières, son langage, elle en imposait. Elle avait de grandes qualités humaines.

Très travailleuse, tout lui était bon : couture, ménage, lessive, jardinage. Méticuleuse à l’extrême, elle formait au travail fini. »

 

Sources :

  • Archives départementales – Loire Atlantique Registre paroissial Riaillé N 1887
  • Archives de l’école Sainte-Thérèse
  • Archives de l’Instruction Chrétienne de Saint-Gildas-des-Bois

 

Pour en découvrir davantage sur l’enseignement des sœurs de Saint-Gildas-de-Bois et l’histoire de l’école Sainte-Thérèse de Treillières, procurez-vous le livre : 100 ans de l’école Sainte-Thérèse de Treillières, 1925-2025 de Hélène Prigent et Emmanuelle Souchet